Pourquoi je ne vous montre (presque) pas les photos pendant la séance
Une image tôt, pour vous rassurer. Puis l'écran reste de mon côté. Voici pourquoi ce choix donne des photos plus naturelles, et comment vous gardez la main malgré tout.
« Je peux voir ? » C'est la question la plus naturelle du monde pendant une séance. On a envie de savoir à quoi l'on ressemble, si ça marche, s'il faut changer quelque chose.
J'y réponds toujours une fois, et tôt : après quelques images, je vous en montre une réussie. C'est souvent le moment où tout se détend. Ensuite, sauf si vous me le demandez pour une raison précise, l'écran reste de mon côté.
Ce n'est ni un secret ni un caprice. C'est un choix qui change beaucoup de choses sur les images, et il mérite d'être expliqué.
Ce que je fais exactement
Pour lever tout malentendu, voici le déroulé précis.
Une image, tôtAprès quelques minutes et quelques déclenchements, je vous montre une image réussie. Une seule, ou deux. L'objectif est de vous prouver que ça fonctionne, et que vous êtes bien mieux en photo que vous ne le pensiez. C'est le moment que décrit l'article sur les peurs avant une séance.
Puis l'écran reste de mon côtéJe ne vous montre pas chaque série, et je ne fais pas de pause pour regarder les images ensemble. La séance continue, sans interruption.
Je vous dis ce que je voisÀ la place de l'écran, des mots : ce qui marche, ce qu'on garde, ce qu'on va essayer. Vous savez toujours où on en est.
Vous pouvez demanderSi un détail vous inquiète, une mèche, un col, un reflet sur vos lunettes, dites-le. Je vérifie et je vous montre ce point précis.
Autrement dit, ce n'est pas « vous ne verrez rien ». C'est « vous verrez au bon moment » : une fois au début pour vous rassurer, et tout le reste à la découverte, une fois les images triées et traitées.
Quatre raisons de garder l'écran de mon côté
1. Après avoir vu, on se surveille
C'est la raison principale. Quand on vient de se voir sur l'écran, on essaie de reproduire ce qu'on a aimé et d'éviter ce qu'on a moins aimé. On garde le même angle, le même sourire, la même position de menton. Le résultat, c'est une personne qui pose au lieu d'une personne qui vit. Le visage se fige exactement comme devant un miroir, et c'est ce que l'article sur la photogénie appelle l'effet miroir.
2. Chaque pause casse l'élan
Une séance a un rythme. Il faut plusieurs minutes pour que l'appareil se fasse oublier, que les gestes deviennent naturels, que les rires arrivent. Chaque arrêt pour regarder l'écran remet le compteur à zéro. Il faut ensuite de nouveau quelques minutes pour retrouver le même état.
3. L'écran de l'appareil ne montre pas la photo finale
Ce que vous voyez au dos du boîtier est une petite image non traitée, dont la luminosité et les couleurs dépendent de l'écran et de la lumière ambiante. Elle n'a rien à voir avec l'image que vous recevrez. On se juge donc sur une version inachevée, et on s'inquiète parfois de défauts qui n'existeront pas dans la photo finale. Ce que change le traitement est expliqué dans l'article sur ma retouche.
4. On regarde son visage, pas l'image
Sur un petit écran, chacun cherche immédiatement son propre visage et le détail qui le gêne. On ne voit ni la lumière, ni la composition, ni l'émotion. C'est le même piège qu'au moment de choisir ses photos, décrit dans l'article sur le choix des images, mais en pleine séance, là où il fait le plus de dégâts.
Ce que ça change sur la séance
Pour le rendre concret, voici deux séances identiques, représentées comme deux pellicules de vingt-quatre images. La seule différence : dans la première, on regarde l'écran après chaque série.
Schéma de principe, pas une mesure. Il montre un mécanisme : après chaque pause écran, les premières images reproduisent ce qu'on vient de voir.
Ce que la pellicule montre surtout, c'est l'endroit où se trouvent les images perdues : juste après chaque pause. On a vu une photo qu'on aimait, alors on essaie de la refaire. Ces images-là se ressemblent toutes, et elles sont rarement celles qu'on garde.
Dans la seconde séance, la seule pause arrive au tout début, au moment où elle est utile : elle désamorce l'inquiétude. Ensuite, rien ne vient interrompre le moment où vous oubliez l'appareil. C'est là que se font les meilleures images.
Vous n'êtes jamais dans le noir
Ne pas voir l'écran pourrait être inconfortable si l'on ne savait rien de ce qui se passe. C'est pour ça que je parle beaucoup pendant une séance.
Je vous dis ce qui fonctionne. « Cette lumière vous va très bien. » « Gardez les mains comme ça. » « Ce rire-là, c'est exactement ce que je cherchais. » Un retour précis, au moment où il est utile, rassure bien plus qu'un coup d'œil sur un écran de quelques centimètres.
Je corrige par petites touches. Une épaule à tourner, un poids à déplacer, un regard à changer. Vous n'avez pas besoin de voir l'image pour ajuster : il suffit que je vous dise quoi faire, simplement.
Je ne commente jamais votre corps. Ni pendant, ni après. Si quelque chose doit être ajusté, c'est la lumière ou l'angle, jamais vous.
Quand je me tais, tout va bien
Il y a un moment où je parle moins, et il inquiète parfois. C'est presque toujours bon signe : il arrive quand ce qui se passe devant l'objectif n'a plus besoin de moi. Un parent qui chuchote quelque chose à son enfant, un couple qui a oublié que j'étais là, un fou rire qui ne s'arrête pas. Si je parlais à ce moment-là, je l'interromprais. Alors je me tais et je déclenche. Ce sont, très souvent, les images que vous préférerez.
Et si je veux vraiment voir ?
Demandez. Ce n'est pas une règle, c'est une façon de travailler qui donne en général de meilleurs résultats. Si vous avez besoin de voir une image pour être tranquille, je vous la montre, et on reprend. Ce qui compte, c'est que vous soyez à l'aise.
Quand je fais autrement
Ce choix convient à la plupart des séances, mais pas à toutes. Il y a des situations où montrer davantage est justement la bonne réponse.
Le portrait professionnelLe cadrage, la tenue, le fond doivent correspondre à un usage précis. Je vous montre l'écran en cours de séance pour valider ces points pendant qu'on peut encore les corriger, comme le détaille l'article sur le portrait professionnel.
Les enfants et les adolescentsPour eux, l'écran n'est pas un contrôle, c'est un jeu et une marque de confiance. Leur montrer une image et leur demander leur avis les fait souvent passer de la réticence à la participation.
Une inquiétude très forteCertaines personnes ont besoin de voir plus d'une image pour se détendre. Dans ce cas, je montre davantage, et on espace simplement les pauses.
Un détail techniqueUn reflet sur des lunettes, une étiquette qui dépasse, un pli sur un vêtement clair. Là, montrer l'image permet de corriger en dix secondes.
La règle générale n'est pas de cacher l'écran. C'est de ne le montrer que quand ça sert la séance, et de le garder de côté quand ça la dessert.
Et après : la découverte
Toutes les images que vous n'avez pas vues pendant la séance, vous les découvrez ensuite, triées et traitées. C'est l'autre bénéfice de cette façon de faire.
Vous découvrez des images finies, pas des brouillons. La lumière, les couleurs et le traitement sont faits. Ce que vous voyez est ce que vous recevrez.
Vous découvrez des images que vous n'avez pas vu venir. Un rire que vous n'aviez pas remarqué, un regard échangé entre deux poses, un geste de votre enfant pendant que vous étiez occupé à autre chose. Ce sont souvent celles qu'on préfère, et elles n'existent que parce que personne ne regardait l'écran.
Vous choisissez tranquillement. Pas au milieu de la séance, sous l'émotion du moment, mais avec les images devant vous et le temps de décider. La façon de le faire sans s'y perdre est dans l'article sur le choix des photos, et le déroulé complet d'une séance dans l'article sur la séance en studio.
Vos questions fréquentes
Parce qu'après s'être vu, on cherche à reproduire l'image qu'on a aimée et l'on se fige. Chaque pause casse aussi le rythme de la séance. Je montre une image tôt pour rassurer, puis je garde l'écran de mon côté.
Oui. Après quelques minutes, je vous montre une image réussie pour vous prouver que ça fonctionne. Et si un détail vous inquiète en cours de route, il suffit de le demander.
Non. C'est une petite image non traitée, dont les couleurs et la luminosité dépendent de l'écran et de la lumière ambiante. La photo que vous recevez est triée et traitée.
Je vous le dis. Je décris ce qui fonctionne et je corrige par petites indications, sans jamais commenter votre corps. Vous savez toujours où on en est.
Demandez, et je vous les montre. Ce n'est pas une règle stricte : c'est une façon de travailler qui donne en général des images plus naturelles, et elle s'adapte à chacun.
Non. Pour un portrait professionnel, je montre l'écran en cours de séance pour valider le cadrage, la tenue et le fond pendant qu'on peut encore les ajuster.
En résumé
Je vous montre une image tôt, pour vous rassurer. Ensuite, l'écran reste de mon côté, parce qu'après s'être vu on se surveille, que chaque pause casse l'élan, et que l'écran de l'appareil ne montre de toute façon pas la photo finale.
À la place, je vous dis ce que je vois. Vous pouvez toujours demander à vérifier un détail, et je montre davantage quand ça sert la séance : portrait professionnel, enfants, inquiétude forte.
Et toutes les images que vous n'avez pas vues, vous les découvrez finies, avec souvent celles que vous n'aviez pas vu venir.
Oubliez l'appareil, je m'occupe du reste
Dites-moi ce qui vous inquiète avant une séance. On en parle, et on adapte la façon de faire à ce qui vous met à l'aise.
M'écrire Ou lisez l'article sur la peur de ne pas être photogénique.