Ce que la qualification Portraitiste de France apprend à une photographe
Coulisses · Portraitiste de France

Ce que le Portraitiste de France m'a appris sur mon propre travail

Pas le titre lui-même, mais le chemin pour y arriver : des tirages qui ne pardonnent rien, des sujets qu'on ne choisit pas, douze images à garder parmi trois ans de travail, et un jury qui ne connaît pas l'histoire derrière chaque photo.

Par Fanny Daquin 9 min de lecture Mis à jour en 2026

Un titre s'affiche sur un site en une ligne. Ce qu'il a fallu pour l'obtenir ne s'affiche nulle part.

J'ai déjà expliqué ce qu'est le titre de Portraitiste de France, ce qu'il garantit et ce qu'il ne garantit pas, dans un article qui lui est consacré. Celui-ci parle d'autre chose : de ce que la préparation du dossier a changé dans ma façon de regarder mes propres images.

Parce que le vrai bénéfice d'une qualification, ce n'est pas la ligne sur le site. C'est ce qu'on apprend en chemin.

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Le tirage ne pardonne rien

Le dossier ne se juge pas sur un écran. Il se juge sur des tirages papier, envoyés par la poste, posés sur une table devant le jury. C'est une exigence qui paraît secondaire, et qui change tout.

Un écran pardonne beaucoup. Il est lumineux, il embellit les couleurs, il cache une peau légèrement trop orangée ou une ombre un peu bouchée. Sur un tirage, tout cela devient visible. Une image qui semblait parfaite sur l'ordinateur peut sortir de l'imprimante terne, trop contrastée ou d'une teinte étrange.

Ce que j'en ai retenu : une image n'est pas terminée tant qu'on ne l'a pas vue imprimée. C'est une exigence que j'applique depuis à tout mon traitement, avec une retouche sobre, fidèle aux peaux, qui tient sur le papier comme à l'écran. C'est aussi pour cela que je pousse tant mes clients à imprimer leurs images, comme dans l'article sur la conservation des photos : c'est sur papier qu'une photographie existe vraiment.

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L'émotion ne se rattrape pas

Chaque photographie est notée sur cinq critères : l'impact visuel, la lumière, la composition, la gestuelle et l'émotion, et le traitement avec la qualité du tirage. Quatre de ces cinq critères peuvent s'améliorer après la prise de vue, au moins en partie. Une lumière se corrige, un cadrage se recadre, une couleur se calibre.

La gestuelle et l'émotion, jamais. Un regard éteint reste éteint. Une main crispée reste crispée. Ce critère ne dépend que d'une chose : de ce qui s'est passé entre la personne et moi au moment du déclenchement.

Préparer le dossier m'a obligée à regarder mes images sous cet angle, et à constater que les plus fortes n'étaient presque jamais les plus techniques. C'étaient celles où quelque chose se passait. Cela a renforcé ce qui était déjà au cœur de mon travail : le temps passé à mettre les gens à l'aise avant de photographier, les situations plutôt que les poses. Tout cela est détaillé dans l'article sur le portrait naturel.

Un portrait où l'émotion passe
Une lumière se corrige, un cadrage se recadre. Un regard éteint reste éteint.
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Les sujets qu'on ne choisit pas

Le règlement impose les sujets des douze images : une femme enceinte, un très jeune enfant, une famille, un adulte, des couples, et quelques portraits libres. On ne peut pas présenter uniquement ce qu'on fait le mieux.

C'est le principe le plus exigeant, et le plus juste. Tout photographe a ses zones de confort : un type de séance où tout coule de source, et d'autres où il faut davantage réfléchir. Le dossier oblige à regarder ces autres-là en face, et à les travailler jusqu'à ce qu'ils tiennent au même niveau.

Ce que ça change pour vous : que vous veniez pour une grossesse, un nouveau-né, un portrait de senior ou une famille de cinq, vous n'êtes pas dans la spécialité secondaire de quelqu'un. Chaque type de séance a été travaillé avec la même exigence, parce qu'il le fallait. C'est ce que je décris comme une polyvalence vérifiée dans l'article sur le titre.

Une humilité utile

Se confronter à un sujet qu'on maîtrise moins bien, c'est accepter d'être débutante à nouveau, pour un temps. C'est inconfortable, et c'est exactement ce qui empêche un travail de s'endormir dans ses habitudes.

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Une image doit tenir seule

Les images du dossier doivent avoir été réalisées au cours des trois dernières années. Il faut donc en garder douze parmi des milliers. Et le jury les juge de façon anonyme : il ne sait ni qui les a faites, ni dans quelles circonstances.

C'est là que j'ai le plus appris. Quand on trie ses propres images, on ne les regarde pas seulement pour ce qu'elles sont. On les regarde avec tout ce qu'on sait d'elles : la famille adorable, la séance difficile qui a fini par se débloquer, la lumière qu'on a attendue vingt minutes. Ce souvenir rend l'image plus belle à nos yeux qu'elle ne l'est vraiment.

Le jury, lui, n'a que le tirage. Pas l'histoire, pas le contexte, pas la légende. Une image qui a besoin d'être expliquée pour toucher ne tient pas. Il faut donc apprendre à regarder ses propres photos comme un inconnu les regarderait, et renoncer à des images qu'on aime pour des raisons qui ne se voient pas.

C'est exactement le même exercice que je vous propose au moment de choisir vos photos, dans l'article sur le choix des images. Mais inversé : vous, vous avez le droit de garder une image pour son histoire. C'est même tout l'intérêt de vos photos de famille. Le jury, non.

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Notez une photo comme le jury

Prenez une photo de famille que vous aimez, sur votre téléphone ou sur un mur, et notez-la avec les cinq critères officiels, de un à quatre. Ce n'est pas un concours : c'est une façon de regarder vos images autrement, et de comprendre ce qui les rend fortes.

Note de l'image 0 / 20

Les cinq critères sont ceux publiés par la Fédération française des photographes et des métiers de l'image, chacun noté sur quatre points pour une note sur vingt. Les descriptions sont simplifiées pour un usage personnel. Rien n'est enregistré.

Vous remarquerez sans doute une chose : une photo de famille très imparfaite techniquement peut avoir la note maximale en gestuelle et émotion. Et c'est souvent celle-là qu'on garde toute une vie. Les critères techniques rendent une image belle ; l'émotion la rend précieuse.

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Ce que le titre n'a pas changé

Il serait facile de laisser croire qu'un titre transforme tout. Ce n'est pas le cas, et c'est plutôt une bonne chose.

Chaque séance reste une première fois. Un nouveau-né qui ne veut pas dormir, un adolescent qui refuse de sourire, une personne qui arrive persuadée de ne pas être photogénique : aucun titre ne règle ces situations à ma place. Elles se règlent comme avant, avec du temps, de l'écoute et de la patience.

Le jury ne note pas la relation. Il note des tirages. Il ne sait pas si vous vous sentirez à l'aise avec moi, si mes délais vous conviendront, si mon regard correspond au vôtre. Ces questions-là, qui comptent autant que la technique, ne se vérifient qu'en regardant mon travail et en se parlant.

Et le regard exigeant ne s'arrête pas. Le vrai cadeau de la démarche, c'est l'habitude de regarder mes images avec les yeux de quelqu'un d'autre. Elle ne s'éteint pas avec la remise du titre. Elle s'applique maintenant à chaque séance, à chaque tri, à chaque tirage.

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Vos questions fréquentes

Sur cinq critères publiés par la fédération : l'impact visuel et la créativité, la gestion de la lumière, la composition, la gestuelle et l'émotion, et le traitement de l'image avec la qualité du tirage. Chacun est noté sur quatre points, pour une note sur vingt par photographie.

Parce qu'un écran pardonne beaucoup. Sur un tirage, les défauts de traitement, les couleurs mal calibrées et les problèmes de contraste deviennent visibles.

À regarder ses propres images comme un inconnu les regarderait, sans l'histoire qui les entoure, à travailler les sujets qu'il maîtrise moins bien, et à considérer qu'une image n'est terminée qu'une fois imprimée.

Non. Le jury note des tirages, pas la relation, le service ou le style. Ces critères se vérifient en regardant des galeries complètes et en se parlant.

La gestuelle et l'émotion. C'est le seul qui ne se rattrape pas après coup, et une image techniquement imparfaite mais pleine d'émotion est souvent celle qu'on garde toute une vie.

En résumé

Préparer le Portraitiste de France m'a appris qu'une image n'est terminée qu'imprimée, que l'émotion est le seul critère qui ne se rattrape pas, qu'il faut travailler les sujets qu'on ne choisit pas, et qu'une photo doit tenir seule, sans son histoire.

Le titre, lui, n'a rien changé à l'essentiel : chaque séance reste une première fois, et la relation avec vous ne se note sur aucune grille.

Studio à Villeneuve-d'Ascq

La même exigence, pour vos images

Grossesse, naissance, famille, portrait ou mariage : dites-moi ce que vous aimeriez garder, et on en parle.

M'écrire Ou relisez ce qu'est le titre de Portraitiste de France.
Fanny Daquin, photographe à Villeneuve-d'Ascq
L'autrice

Fanny Daquin

Photographe mariage, grossesse, naissance, famille, portrait et entreprise à Villeneuve-d'Ascq, dans la métropole lilloise. Lauréate Portraitiste de France 2025 et ancienne travailleuse sociale. J'ai gardé de ce métier l'écoute et le lien humain. En savoir plus