Mes cinq photos de l'année, et ce qu'elles ont de différent
Pas les plus spectaculaires, ni les plus techniques. Cinq moments que je retrouve séance après séance, qui me touchent à chaque fois, et ce qu'ils disent de ce qui rend une photographie vraiment inoubliable.
Chaque fin d'année, je fais le même exercice que je demande à mes clients : choisir. Parmi des milliers d'images, en garder cinq. Et c'est aussi difficile pour moi que pour vous.
Mais je ne vais pas vous montrer cinq familles. Ces images leur appartiennent : ce sont leurs souvenirs, pas mon portfolio. Je vais plutôt vous raconter les cinq moments que je préfère photographier, ceux qui reviennent au fil de l'année, d'une séance à l'autre, et qui me touchent à chaque fois comme la première.
Si vous avez déjà fait une séance avec moi, vous vous reconnaîtrez peut-être dans l'un d'eux.
Comment j'ai choisi
Choisir cinq moments parmi une année entière de séances oblige à se poser des règles. Voici les miennes.
L'émotion avant la techniqueUne image techniquement parfaite mais sans vie ne passe pas. Une image avec un léger défaut mais un regard juste, si. C'est le critère qui ne se rattrape jamais, et celui que je place devant tous les autres, comme je l'explique dans l'article sur ce que m'a appris le Portraitiste de France.
Des images qui tiennent seulesJe me suis demandé, pour chaque moment : quelqu'un qui ne connaît pas la famille serait-il touché par la photo ? Si l'image a besoin d'être expliquée pour fonctionner, le moment ne fait pas partie des cinq.
Des séances différentesPas cinq mariages ni cinq nouveau-nés. Une sélection qui ressemble à mon année, dans toute sa variété.
Le test du lendemainJ'ai laissé passer une nuit. Les moments qui me sont revenus en tête le matin sont restés. Les autres, aussi beaux soient-ils, sont repartis dans la liste. C'est la même méthode que je propose dans l'article sur le choix des photos.
Les cinq moments
Cliquez sur chaque image pour découvrir le moment, et pourquoi il compte autant.
La petite main sur le ventre
Une séance de grossesse avec l'aîné. Au début, il ne s'intéresse pas du tout à l'appareil, ni vraiment au ventre de sa mère.
Et puis, sans que personne ne le lui demande, il pose sa main à plat sur le ventre, et il attend. Parfois il colle son oreille, parfois il chuchote quelque chose. Les parents se regardent. C'est là que je déclenche.
C'est la seule image de la séance où le bébé qui n'est pas encore né a déjà une place dans la famille. On ne photographie pas une grossesse : on photographie un lien qui existe déjà.
Les parents qui ne regardent pas l'objectif
Une séance naissance à domicile, quelques jours après l'arrivée du bébé. Les parents sont épuisés, un peu intimidés, et ils regardent l'appareil comme on regarde un examinateur.
Au bout d'un moment, je ne leur demande plus rien. Le bébé bouge, ouvre les yeux, serre un doigt. Et les deux parents se penchent sur lui en même temps, oubliant complètement que je suis là.
Aucune pose ne produit ce regard-là. C'est celui qu'ils auront dans vingt ans en retrouvant l'image, et c'est la preuve qu'on peut photographier une émotion sans la mettre en scène.
La photo d'après
Une séance en famille, trois générations, dans un parc de la métropole. On termine par la photo classique : tout le monde réuni, tout le monde regarde l'objectif.
Je dis « c'est bon, je l'ai ». Et dans la seconde qui suit, tout le monde se relâche d'un coup. Un enfant saute sur le dos de son père, la grand-mère éclate de rire, quelqu'un se retourne pour dire une bêtise. Je n'ai pas encore baissé l'appareil.
La photo officielle est belle, et elle sera encadrée. Mais c'est la photo d'après qui ressemble vraiment à cette famille. C'est pour elle que je ne range jamais l'appareil au moment où on s'y attend.
Celle qui se disait pas photogénique
Une séance portrait en studio. En arrivant, elle me prévient : elle déteste être prise en photo, elle ne sait pas quoi faire de ses mains, et elle est sûre qu'on ne va rien obtenir.
On parle longtemps avant de commencer. Puis, au détour d'une anecdote, elle rit vraiment, la tête un peu penchée, et oublie pendant trois secondes qu'elle est devant un objectif.
Ce n'est pas l'image qui est différente, c'est ce qu'elle déclenche. Le jour de la découverte, elle ne dit rien pendant un moment. Puis : « c'est vraiment moi ? ». C'est la phrase que je préfère entendre dans tout mon métier.
Les dix minutes volées
Un mariage d'été. Pendant le vin d'honneur, vers 19 heures, j'emmène les mariés à l'écart pour une courte séance de couple, dans la lumière qui commence à descendre.
Pendant les premières minutes, ils posent. Puis ils réalisent que c'est le premier moment de la journée où ils sont seuls tous les deux. Ils se parlent, se tiennent, oublient la fête qui continue à cent mètres.
Dans une journée où tout le monde les réclame, ces dix minutes sont les seules qui n'appartiennent qu'à eux. Les images le montrent, et les couples me disent souvent que c'est le moment dont ils se souviennent le mieux.
Ce qu'elles ont en commun
En les mettant côte à côte, une chose m'a frappée : aucun de ces cinq moments n'a été demandé. Personne n'a dit « posez la main ici », « regardez votre bébé » ou « riez ». Chaque fois, j'ai seulement créé les conditions, puis attendu.
Aucun ne se passe au moment « officiel ». Ils arrivent juste avant, juste après, ou entre deux choses : la seconde qui suit la photo de groupe, le moment où un couple s'échappe du vin d'honneur, l'instant où quelqu'un oublie qu'il est photographié. C'est pour ça que je ne pose jamais l'appareil trop tôt.
Et aucun ne parle de la personne seule. Même le portrait parle d'un lien, celui qui finit par se créer avec l'objectif. Les cinq racontent une relation : entre un enfant et le ventre de sa mère, entre des parents et leur bébé, entre une famille qui se relâche, entre deux mariés, entre quelqu'un et sa propre image. C'est ce que je cherche dans chaque séance, et c'est peut-être la meilleure définition de mon travail.
Ce qui rend une image différente
Au-delà de ces cinq-là, choisir chaque année ses images préférées apprend quelque chose de plus général. Les photographies qu'on garde toute une vie ont presque toujours au moins un de ces ingrédients.
Un moment qu'on n'a pas demandéPersonne n'a dit « souriez » ni « regardez-vous ». Il s'est passé quelque chose, et l'appareil était là. C'est tout l'enjeu d'une séance : créer les conditions pour que ces moments arrivent, comme je le décris dans l'article sur le portrait naturel.
Un gesteUne main sur une épaule, des doigts qui se cherchent, un enfant qui s'agrippe. Le lien entre les personnes se lit dans les mains bien plus que dans les visages.
Un regard qui ne vise pas l'objectifLes images où les gens se regardent entre eux racontent davantage que celles où tout le monde fixe l'appareil.
Une lumière qui ajoute quelque chosePas forcément spectaculaire. Une fenêtre, un ciel gris qui adoucit tout, un dernier rayon. La lumière juste fait qu'une image ordinaire devient une image qu'on regarde deux fois.
Une imperfectionUne mèche qui vole, un enfant flou qui court dans le fond, un rire trop grand. Ce que la retouche aurait pu effacer est souvent ce qui rend l'image vivante.
Et vos photos à vous ?
Je vous propose un exercice. Ouvrez votre téléphone, votre ordinateur ou vos albums, et choisissez vos cinq photos de l'année. Pas les plus belles : celles que vous voudriez retrouver dans vingt ans.
- Choisir en une seule fois, sans trop réfléchir
- Laisser passer une nuit, puis revoir la sélection
- Garder celles qui vous reviennent en tête
- Les imprimer, toutes les cinq
- Les dater au dos, avec un prénom ou un lieu
- Recommencer l'année suivante
Au bout de dix ans, vous aurez cinquante images qui racontent votre famille mieux que dix mille fichiers. C'est le principe du rendez-vous annuel que je propose dans l'article sur la conservation des photos.
Vos questions fréquentes
En plaçant l'émotion avant la technique, en gardant les images qui touchent sans explication, en variant les types de séance, et en laissant passer une nuit avant de décider.
Parce que ces images appartiennent aux familles : ce sont leurs souvenirs avant d'être un portfolio. Raconter les moments plutôt qu'exposer les personnes permet de partager ce qui compte sans rien dévoiler de leur intimité.
Presque toujours un moment qu'on n'a pas demandé, un geste entre les personnes, un regard qui ne vise pas l'objectif, une lumière juste, ou une petite imperfection qui la rend vivante.
En une seule fois, sans trop réfléchir, puis en revoyant la sélection le lendemain. On garde celles qui reviennent en tête, et on les imprime.